Belgique

[BE] Étude du CSA sur les modes de consommation des services de médias audiovisuels en Belgique francophone

IRIS 2021-1:1/19

Olivier Hermanns, Joëlle Desterbecq & Samy Carrere

Conseil supérieur de l’audiovisuel

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel belge (autorité de régulation du secteur audiovisuel de la Communauté française de Belgique – CSA) a publié le 15 décembre 2020 une nouvelle étude. Celle-ci est intitulée « Médias : Attitudes et Perceptions » (MAP). Elle vise à analyser les modes de consommation des services de médias audiovisuels en Belgique francophone. Plus précisément, l’étude a pour objectif d’apporter des éléments de réponse à la question de recherche suivante : « Comment évolue l’utilisation de la télévision avec le développement des nouveaux modes de consommation des contenus audiovisuels ? ». Il s’agit de la première étude de cette ampleur pour la partie francophone du pays.

Les concepteurs de l’étude « MAP » ont mis l’accent sur la rigueur des méthodes et de l’analyse. La méthodologie de l’étude repose sur deux volets qui se complètent. Le premier volet consiste en l’administration d’un questionnaire standardisé sur un échantillon représentatif de la population francophone de Belgique de 2 200 personnes âgées de plus de 15 ans. Il vise à recueillir des données sur les comportements, en d’autres mots les attitudes des individus participants. S’y ajoute un second volet basé sur les résultats d’entretiens semi-directifs menés avec 16 femmes et 14 hommes âgés de 15 à 76 ans, choisis en fonction d’une matrice de sélection. Cela permet d’obtenir des participants des indications sur les motifs qui président à leur choix de consommation ainsi que sur les valeurs ou représentations qu’ils y attachent.

Chacun des deux volets envisage trois thématiques. L’étude s’attache tout d’abord à déterminer le volume d’équipements différents dont disposent les ménages. 93,5% des répondants déclarent disposer d’au moins un téléviseur au sein du ménage et 93,3% d’entre eux d’au moins un téléphone portable individuel. Les ordinateurs fixes sont largement suppléés par les ordinateurs portables. La combinaison préférée des ménages est un téléviseur, un ordinateur et un téléphone portable. 88,5% des ménages belges francophones possèdent une connexion internet. Lors des entretiens, on a relevé que la télévision linéaire était essentiellement consommée sur un téléviseur, tandis que la vidéo à la demande payante l’est sur une multitude d’équipements, et la vidéo à la demande gratuite avant tout sur téléviseur et ordinateur.

La deuxième thématique envisagée concerne la consommation audiovisuelle. La télévision linéaire reste très populaire avec 72,3% des répondants qui affirment la regarder (en combinaison ou non avec la vidéo à la demande). 81,6% des personnes interrogées affirment regarder la télévision chez elles de manière quotidienne. C’est beaucoup plus que la consommation de vidéos à la demande payantes, qui est une pratique quotidienne pour 35,8% des répondants et que celle de vidéos à la demande gratuites (37,7%). Seuls 5% des répondants regardent la télévision en déplacement (exclusivement ou en combinaison avec un visionnage chez soi ou ailleurs). En revanche, 21,9% des répondants regardent la vidéo à la demande payante en déplacement (20,3% pour la vidéo à la demande gratuite). L’étude aborde également en détail l’utilisation, de manière simultanée, de plusieurs équipements permettant de regarder des services de médias audiovisuels. Cette utilisation en simultané est plus fréquente pendant le visionnage de la télévision (34,7%), que de la vidéo à la demande gratuite (22,3%) et payante (13,1%). Les entretiens individuels montrent, par ailleurs, que les fonctions de divertissement et de passe-temps de la télévision ainsi que de la vidéo à la demande payante ou gratuite sont particulièrement appréciées. En revanche, on dit ne pas en général consommer la vidéo à la demande pour s’informer ou s’instruire, alors que c’est considéré comme une fonction appréciée de la télévision. Les enquêtés associent aux différents modes de consommation des considérations positives ou bien négatives. Pour la télévision, ils soulignent la diversité des contenus, la facilité du choix, le partage familial, mais aussi l’omniprésence de la publicité commerciale. D’autre part, ils relèvent que la vidéo à la demande payante offre un accès à des contenus intéressants et se caractérise par l’absence de publicité et la maîtrise du rythme de visionnage, mais qu’elle peut aussi être addictive. La vidéo à la demande gratuite se distingue par la possibilité d’accéder à des informations alternatives et se caractérise par le rôle des recommandations, mais on n’y apprécie guère l’omniprésence publicitaire.

Enfin, la troisième thématique a trait à la complémentarité et la substituabilité des différents modes de consommation audiovisuels. Le volet quantitatif montre que les modes de consommation audiovisuelle sont complémentaires plutôt que substituables. 86,3% des répondants n’envisagent pas d’arrêter de regarder la télévision (71,5% pour la vidéo à la demande payante). Quant au volet qualitatif, il montre que les personnes dont la télévision est le mode de consommation principal habituel la déclarent irremplaçable sous forme linéaire ou sous forme de vidéo à la demande fournie par les éditeurs traditionnels de chaînes de télévision. Cependant, les personnes dont le mode de consommation principal habituel est un type de vidéo à la demande (payante ou gratuite) se tourneraient vers l’autre type de vidéo à la demande.

L’étude consacre, en outre, des développements détaillés aux facteurs qui impactent l’évolution de la consommation et des équipements. Elle apporte des éléments sur l’influence de la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19. Elle propose également des profils-types d’utilisateurs et conclut par de grands thèmes importants pour le débat public suscités par les enquêtes, dont l’affirmation des plateformes locales vis-à-vis des grandes plateformes internationales, la régulation des réseaux sociaux, la lutte contre les discriminations et les offres illégales.

 


Références


Cet article a été publié dans IRIS Observations juridiques de l'Observatoire européen de l'audiovisuel.