Roumanie

[RO] Rejet du projet de loi relative au doublage des films

IRIS 2011-7:1/38

Eugen Cojocariu

Radio Romania International

Le 7 juin 2011, la chambre basse du Parlement roumain, à savoir la Chambre des députés, a rejeté par cinq voix pour, 10 abstentions et 277 voix contre, le projet de loi préconisant le doublage des films plutôt que leur sous-titrage. La décision définitive reviendra à la chambre haute, le Sénat.

Le 3 mai 2011, un député de l’opposition avait déposé devant la Chambre des députés un projet de loi portant modification de la Legea Audiovizualului n° 504/2002, qui préconisait de recourir au doublage des films plutôt qu'à la pratique actuelle du sous-titrage.

L’instigateur de ce texte, un célèbre chanteur folklorique roumain, affirmait que le doublage des films étrangers plutôt que leur sous-titrage protégerait davantage l’identité nationale et préserverait ainsi la langue roumaine, dont la qualité risquait d’être menacée et altérée par des termes et expressions étrangers. Il soutenait par ailleurs que le doublage contribuerait à améliorer l’accès des films étrangers aux personnes souffrant de handicap visuel ou qui ne sont pas en mesure de lire, comme les enfants ou les personnes âgées.

Le Conseil législatif roumain a rendu un avis consultatif négatif sur ce projet de loi, en lui reprochant d’aller à l’encontre de la tendance européenne, des communications de la Commission européenne (COM(2008)566 final) voire des résolutions du Conseil de l’Union européenne (2008/C 320/01) et du Parlement européen (2008/2225 (INI)). Ces institutions recommandent en effet aux Etats membres d’encourager le multilinguisme, le sous-titrage et la circulation des œuvres cinématographiques européennes afin de promouvoir la diversité linguistique et le dialogue culturel, y compris par le sous-titrage de films, d’œuvres audiovisuelles et de programmes télévisuels, de manière à faciliter l’apprentissage et la pratique des langues de l’Union européenne et de permettre ainsi une meilleure compréhension du contexte culturel des diverses productions audiovisuelles européennes.

Le projet de loi a immédiatement déclenché un déferlement de débats et de critiques, suivis d’une pétition et de commentaires négatifs publiés sur les pages d’un réseau social en ligne. Le texte a été largement condamné par des citoyens, des personnalités politiques, des acteurs, des réalisateurs, des producteurs, des spécialistes en communication, des enseignants, des personnalités de la télévision, des écrivains et des psychologues, qui affirmaient que ce projet de loi serait, d’un point de vue économique, uniquement profitable aux sociétés de doublage, que son application se ferait au détriment de la qualité culturelle des films et que les acteurs roumains seraient utilisés pour le doublage des voix, ce qui ne leur laisserait plus le temps de se préparer à interpréter de véritables rôles. Les détracteurs du projet de loi déclarent en outre que le doublage des films renforcerait l’isolement et l’intolérance et que la Roumanie devait veiller à préserver sa tradition de sous-titrage de films, qui a jusqu’à présent eu des répercussions positives sur l’apprentissage et la pratique des langues étrangères.


Références


Cet article a été publié dans IRIS Observations juridiques de l'Observatoire européen de l'audiovisuel.