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IRIS 2018-2:1/4

Assemblée parlementaire

Résolution sur le statut des journalistes en Europe

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Emmanuel Vargas Penagos

Institut du droit de l'information (IViR), Université d'Amsterdam

Le 4 décembre 2017, la Commission de la culture, de la science, de l'éducation et des médias de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a adopté à l'unanimité un projet de Résolution sur le statut des journalistes en Europe. Le texte aborde la question de la précarisation croissante de la profession de journaliste, notamment en raison de l'effondrement du modèle traditionnel de financement des médias à la suite des diverses évolutions technologiques et du développement des médias en ligne. Selon cette résolution, la précarité de la profession de journaliste se traduit par plusieurs facteurs : la mise en échec de l'indépendance éditoriale ou les licenciements de personnel ; le nombre croissant de journalistes indépendants ; la détérioration des conditions de travail ; et l'inégalité entre les femmes et les hommes au sein de la profession.

L'exposé des motifs de cette résolution, établi par Mme Drobinski-Weiss, rapporteure,  reflète plus en profondeur les questions relatives au statut des journalistes. Le rapport souligne tout d’abord la manière dont l’émergence des blogs et des réseaux sociaux, l'interaction avec les utilisateurs et l'échange d'informations en temps réel réduisent les différences qui existaient auparavant entre journalistes, experts ou simples citoyens. En outre, dans la mesure où le statut des journalistes varie considérablement d'un pays à l'autre, on pourrait aller jusqu’à se demander s’il est possible, voire nécessaire, de définir ce que l’on entend véritablement par journaliste. Le rapport de Mme Drobinski-Weiss offre un bref aperçu du statut des journalistes en Europe, lequel est défini par la loi dans un certain nombre de pays, comme la France, la Belgique, la Géorgie et la Turquie. D'autres pays, par exemple l'Allemagne et la Pologne, n’ont aucune définition légale de ce qu’est un journaliste. L’exposé des motifs examine également l’obligation ou non d’être titulaire d’une carte de presse et l'existence d'organes d'autorégulation à travers l'Europe. Selon le rapport, le journalisme professionnel est pour l’essentiel resté le même, malgré les progrès technologiques. Il en va par conséquent de même pour le statut officiel de journaliste. De nouvelles sources d'information ont fait leur apparition et le quotidien des journalistes a par ailleurs évolué en raison de l'exigence de nouvelles tâches et compétences en matière de médias sociaux. En outre, la précarisation des journalistes et l’explosion du nombre de free-lances sont également des défis à relever. Enfin, l’inégalité entre les hommes et les femmes dans le secteur des médias est un autre problème abordé par l’exposé des motifs. L'écart salarial est parfaitement révélateur de cette inégalité, puisque dans l’Union européenne, les femmes journalistes gagnent 16 % de moins que leurs collègues masculins ; cette différence de salaire atteint même 24 % dans des pays comme la Belgique, où seulement 30 % des journalistes sont des femmes.

Compte tenu de ces défis, la résolution recommande aux États membres, notamment, de revoir leur législation nationale afin d’identifier d’éventuels éléments nécessitant une mise à jour, en tenant compte des récentes évolutions technologiques et économiques. Elle préconise en outre l’exploration de pistes de financement alternatif des médias, telles que la redistribution des recettes publicitaires, l’insertion de journalistes free-lance dans le champ d'application de la législation du travail en termes de salaire minimum, ainsi que l’institutionnalisation d’un financement participatif innovant. La résolution définit par ailleurs les mesures à prendre pour lutter efficacement contre les inégalités entre les femmes et les hommes dans le secteur des médias, par exemple en élaborant des études et en mettant en place des mécanismes visant à inciter les organisations patronales à s'attaquer à ce problème sur le long terme. Elle invite également les syndicats et les organisations de journalistes à entreprendre différentes mesures à ce sujet, comme le fait de promouvoir l'adhésion au syndicat des journalistes, notamment auprès des jeunes et des femmes, ainsi que des fournisseurs et des gestionnaires de contenus ; de promouvoir la pratique du mentorat pour les jeunes journalistes, notamment les jeunes femmes journalistes, afin de mieux les armer contre la discrimination ; d’encourager le dialogue entre journalistes professionnels et autres professionnels qui fournissent des contenus ; de diversifier les thématiques et les champs de formation ; de couvrir l’ensemble des journalistes dans les négociations et les conventions collectives ; et de défendre les droits des journalistes free-lance sur le lieu de travail, ainsi que dans le droit social.  

références
Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Commission de la culture, de la science, de l’éducation et des médias, Pour une révision des législations concernant le statut des journalistes en Europe, 4 décembre 2017 FR
 http://merlin.obs.coe.int/redirect.php?id=18900
 
Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Commission de la culture, de la science, de l’éducation et des médias, Le statut des journalistes en Europe, 4 décembre 2017 FR
 http://merlin.obs.coe.int/redirect.php?id=18888