OBS IRIS Merlin
english francais deutsch

IRIS 2015-3:1/14

France

Traitement des attentats par les médias audiovisuels : le CSA rend ses décisions

print add to caddie Word File PDF File

Amélie Blocman

Légipresse

Cinq semaines après les attaques terroristes en France, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a rendu le 11 février 2015 ses décisions concernant le traitement des attentats par les télévisions et les radios (voir IRIS 2015-2/18). Au terme de l’analyse de quelques cinq cents heures de programmes, le régulateur audiovisuel a annoncé qu’il avait relevé 36 manquements, dont 15 ont justifié des mises en garde. Des mises en demeure ont été prononcées contre 21 autres manquements, plus graves. Toutefois, aucune des sanctions que le Conseil peut prononcer en vertu de l’article 42 de la loi du 30 septembre 1986, comme la lecture d’un communiqué à l’antenne ou une sanction financière, n’a été prononcée.

Au titre des manquements faisant l’objet d’une mise en demeure, la diffusion par France 24 d’images issues de la vidéo montrant le policier abattu par les terroristes dans la rue, le jour de l’attentat à Charlie Hebdo, est celle qui a fait le plus polémique. Le Conseil a jugé que cette séquence « faisait entendre les détonations d’armes à feu ainsi que la voix de la victime et exposait son visage et sa situation de détresse ». Ainsi, elle a porté atteinte au respect de la dignité de la personne humaine. La chaîne France 5 qui avait montré la Une du journal britannique Daily News montrant l’image dudit policier quelques secondes avant sa mort, dans une situation de détresse, méconnaissait également le respect de la dignité de la personne humaine, a jugé le Conseil qui a donc mis en garde la chaîne contre toute réitération de ce type de manquement.

La divulgation, par i-Télé et LCI, d’éléments permettant l’identification des deux terroristes ayant décimé la rédaction de Charlie Hebdo, avant la diffusion de l’appel à témoin par la Préfecture de police, a été jugée par le Conseil comme risquant de perturber l’action des autorités. A ce titre, les chaînes ont été mises en demeure de respecter leurs obligations relatives à l’ordre public. De même, considérant que la révélation en direct que des affrontements avaient éclaté entre les forces de l’ordre et les terroristes dans l’usine où ils s’étaient retranchés, aurait pu avoir des conséquences dramatiques pour les autres otages retenus dans le même temps à Paris dans l’Hyper Cacher, le CSA a mis en demeure les chaînes de télévision et de radio concernées de respecter l’impératif de sauvegarde de l’ordre public. Il en est de même concernant la diffusion d’informations révélant la présence de personnes cachées dans les lieux de retranchement des terroristes alors que les assauts n’avaient pas encore été menés par les forces de l’ordre et qu’un risque pesait toujours sur leur vie, le Conseil ayant considéré que ces informations étaient susceptibles de menacer gravement la sécurité des personnes retenues dans les lieux. Le régulateur audiovisuel a également mis en garde France 3 et Canal Plus qui ont montré l’assaut mené contre l’Hyper Cacher, y compris les tirs mortels sur le terroriste alors qu’il affrontait les forces de l’ordre, en jugeant que ces images insistantes, susceptibles de nourrir les tensions et les antagonismes, pouvaient contribuer à troubler l’ordre public. Les chaînes d’information en continu LCI et BFM TV ont été les plus rappelées à l’ordre, suivies de TF1 et France 2. Seule M6 a été épargnée. Tirant les enseignements de ces constats, le Conseil se propose d’apporter à sa recommandation de 2013 relative au traitement des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes par les services de communication audiovisuelle, trois adjonctions concernant le respect de la dignité de la personne humaine, la sauvegarde de l’ordre public et la maîtrise de l’antenne. Ces propositions de modification devraient faire l’objet d’une consultation des médias audiovisuels destinataires de la recommandation dans les plus brefs délais.