OBS IRIS Merlin
english francais deutsch

IRIS 2010-7:1/25

Grèce

Le tribunal impose des limites à la satire des mesures économiques prises par le gouvernement

print add to caddie Word File PDF File

Athina Fragkouli

RIPE NCC, Amsterdam

Le 4 mai 2010, l’Εθνικό Συμβούλιο Ραδιοτηλεόρασης (Conseil national de la radio et de la télévision - ESR, l'autorité de régulation indépendante grecque) a rendu une décision défavorable (n° 220/4.5.2010) à l’encontre d’une chaîne de télévision pour avoir diffusé une émission ridiculisant le Premier ministre grec.

Aux termes de cette décision, « si la satire est un moyen d’exprimer une critique sociale, elle ne doit toutefois par s’étendre jusqu’à la dérision et l’insulte (du Premier ministre) ».

Le point de vue minoritaire du président de l’ESR était divergent. Selon lui, l’émission décrivait de manière satirique la pression exercée par le délégué de l’Union européenne sur le Premier ministre pour l’inciter à prendre une série de mesures économiques douloureuses. L’émission n’insultait pas le Premier ministre en tant que tel et n’exposait donc pas la chaîne de télévision à une amende.

En fin de compte, l’ESR a recommandé de veiller à représenter les personnes avec respect, équité et sens de la mesure, menaçant la chaîne de lui infliger des peines en cas contraire.

La décision comporte de nombreuses similitudes avec une autre, formulée par l’ESR le 16 mars 2010 (n° 132/16.3.2010). Le régulateur condamnait alors une autre chaîne de télévision pour une émission satirique qui montrait des clips consécutifs du porte-parole d’un gouvernement annonçant des mesures économiques imposées par ce gouvernement afin de stabiliser l’économie, suivi par des images d’un film pornographique et un langage vulgaire. Le visage du porte-parole du gouvernement était camouflé, comme l’étaient les parties intimes du couple dans le clip. Celui de la femme ne l’était pas. Précisons que cette partie de l’émission était diffusée après minuit.

Selon la décision de l’ESR, la télévision est un bien public et les chaînes de télévision peuvent faire usage de ce média pour la diffusion de programmes dans les limites imposées par la Constitution grecque (c'est-à-dire en prenant en compte le développement culturel du pays et le respect de la valeur humaine). La satire ne doit jamais être un prétexte pour l’humiliation des personnes ou pour la diffusion de sujets pornographiques.

De plus, selon la décision, le fait que cette partie de l’émission ait été diffusée après minuit n’entre pas en ligne de compte car « aucune règle ne justifie la promiscuité après minuit ».

La décision conclut que la représentation de la femme faite de cette manière, de même que la diffusion d’actes sexuels et l’utilisation d’un langage vulgaire constituent une violation de la Constitution grecque et de la règlementation des médias.

références
Εθνικό Συμβούλιο Ραδιοτηλεόρασης, Αποφάσεις Αριθμ. 220/4.5.2010 και 132/16.3.2010 EL
 http://merlin.obs.coe.int/redirect.php?id=11564
 
  Conseil national de la radio et de la télévision, Décisions no. 220/4.5.2010 et 132/16.3.2010